Suivez l'Omas sur les réseaux sociaux !
Hypocrisie du paquet neutre et autres mesurettes en tout genre

Hypocrisie du paquet neutre et autres mesurettes en tout genre

Depuis peu sont commercialisés en France les premiers paquets neutres, mesure phare de la Loi Santé, promulguée le 26 janvier 2016, et ce, dans le cadre de la lutte contre le tabagisme en France. Leur généralisation sera obligatoire au 1er janvier 2017.

 

En quoi cela consiste-t-il ?

De manière concrète le paquet neutre se définit par une absence de tout accessoire publicitaire rappelant l’univers de la marque : couleurs, images de marque, textes promotionnels.

  • Couleur unie : vert olive
  • Marque inscrite en petit caractère

 

(Site du CNCT : Comité National Contre le Tabagisme)

 

Mais parallèlement à cela, de nouveaux avertissements sanitaires visuels apparaîtront et seront élargis à 65% du paquet (contre 30 à 40% avant).

 

Selon Albert Hirsch, ancien chef de Service de l’Hôpital Saint Louis, et président d’Alliance contre le tabac, il s’agit d’un « élément absolument essentiel du dispositif anti-tabac », et cette mesure s’adresserait « particulièrement aux jeunes, qui sont sensibles au design ». Le but serait donc surtout d’empêcher une entrée dans le tabagisme.

 

Les défenseurs de cette mesure, ainsi que le Ministère de la Santé, avance comme principal argument les résultats de certaines études (plus de 60 selon le CNCT) ayant mis en évidence entre autres :

  • Une diminution du tabagisme dans la population australienne, passant de 15,1% à 12,8% entre 2010 et 2013 après instauration du paquet neutre ;
  • Une augmentation du taux de tentative de sevrage tabagique ;
  • Une baisse des ventes domestiques de tabac.

 

L’impact du paquet neutre sur le tabagisme dans les différents pays l’ayant adopté est parfois discuté. Sont évoquées notamment l’augmentation de la contrebande et une tendance à la diminution du tabagisme en Australie dès 1991 (donc sans lien avec le paquet neutre).

MAIS TRÊVE DE PLAISANTERIE…

 

En réalité le débat ne devrait pas se situer en ce point-là, à savoir : le paquet neutre est-il efficace pour diminuer la consommation d’une substance mortelle ?

La seule et unique question doit être :

POURQUOI LE TABAC EST-IL LÉGALEMENT COMMERCIALISÉ EN FRANCE ALORS QUE SON IMPACT SUR LA SANTÉ PUBLIQUE EST LITTÉRALEMENT DRAMATIQUE ?

 

En introduction peut-être est-il nécessaire de rappeler quelques chiffres :

 1ère cause de décès évitable selon un rapport de l’OMS (2013) : 6 millions de morts par an. 

 175 morts par jour en France des suites du tabagisme et un fumeur sur deux ne dépassera pas les 65 ans (Quotidien du Médecin).

 1ère cause du cancer du poumon : près de 90% des décès dus au cancer du poumon sont dus au tabagisme (Oxford University, 2006)

 Cancers ORL multipliés par 5 à 9 (Prescrire, 2007)

 

Ces chiffres ne reflètent qu’une infime partie de ce qu’est la réalité du tabagisme dans notre société… tant pour les patients que pour le corps médical.

 

Et si cette situation résultait d’un paradoxe flagrant que nous cultivons tous ?

  • la culpabilisation des fumeurs avec un accent mis sur la responsabilité qu’ils ont de leur consommation :
    • « C’EST A VOUS DE VOULOIR ARRÊTER, D’ÊTRE MOTIVÉ »
    • « IL NE VEUT PAS COMPRENDRE, IL CONTINUE DE FUMER… »
    • « IL FAUDRA PAS SE PLAINDRE ENSUITE DES CONSEQUENCES… »
  • la preuve irréfutable du caractère toxique et addictogène du tabagisme
    • la nicotine est ADDICTOGÈNE, c’est scientifiquement prouvé.

 

Nous viendrait-il à l’esprit de vendre de la cocaïne légalement à condition d’apposer sur l’emballage une jolie photo d’un homme mort d’overdose ? En espérant une prise de conscience…

Quand bien même 20% des individus prendraient conscience de la situation et ferait des démarches pour entamer un sevrage accompagné, laisser 80% des fumeurs sur le bas-côté n’est pas acceptable.

Le piège demeure dans le fait que le tabac n’entraîne pas de trouble de la conscience, ainsi nous supposons que les fumeurs sont donc pleinement maîtres de leur décision de poursuivre ou non leur consommation.

 

Cela revient à un déni total des notions d’addiction et de dépendance. Pour rappel, selon la Classification Internationale des Maladies (CIM-10), annexe à l’OMS et repris par l’HAS (Haute Autorité de santé), la dépendance tabagique implique :

 

  1. forte envie / désir impérieux de consommer du tabac ;
  2. perte de contrôle sur la consommation, tentatives infructueuses / souhait permanent de réduire/contrôler sa consommation tabagique ;
  3. symptômes de manque physique lors de la réduction ou de l’arrêt de la consommation de tabac ;
  4. développement d’une tolérance ;
  5. abandon des centres d’intérêt ou de divertissements en faveur de la consommation de tabac ;
  6. maintien de la consommation malgré les méfaits du tabagisme.

 

Ainsi, la communauté scientifique et les responsables politiques de notre pays SAVENT que :

  • Le tabac est responsable d’une catastrophe en terme de santé publique
  • Le tabac entraîne systématiquement une DÉPENDANCE

 

Mais on propose des mesurettes qui

  • Rapportent beaucoup d’argent à l’Etat
  • Appauvrissent les personnes tabagiques (la consommation d’un paquet par jour représente environ 200€ par mois !)
  • Diminueraient de manière « symbolique » le tabagisme en France

 

La question des conflits d’intérêts est indissociable de celle de la lutte contre le tabagisme en France, et il s’agit là encore d’un drame.

 

La seule et unique mesure qui aurait une efficacité notable sur la consommation de tabac en France est l’INTERDICTION DE LA COMMERCIALISATION DE CE POISON QUI TUE. L’argument d’un marché noir parallèle ne peut être avancé : c’est le cas pour toutes les drogues dures.

 

Un sondage frappant vient d’ailleurs d’être publié (sondage par l’institut CSA pour le quotidien Direct Matin) : 27% des personnes interrogées estiment qu’interdire totalement le tabac serait la mesure la plus efficace. (La proportion est de 29% chez les non-fumeurs et de 23% chez les fumeurs).

 

Chers responsables politiques, ayez le courage de vos convictions, soyez cohérents dans votre indignation : PROPOSEZ UNE VRAIE LOI SANTÉ, en phase avec la réalité du terrain.

 

Chama L.

Interne de Médecine Générale

Pas de commentaire

Répondre